Le 7 juin 1844, quatre religieuses du monastère du Bon-Pasteur d’Angers arrivèrent à Montréal. Cette visite eut lieu à la demande de l’évêque local, Monseigneur Bourget. Un petit groupe de religieuses françaises fut délégué à Montréal pour prendre en charge les femmes et les filles « repenties » des environs. Vingt-cinq ans plus tard, en 1869, la communauté du Bon-Pasteur d’Angers était déjà solidement établie dans la métropole et avait diversifié ses méthodes d’enseignement. Dans le majestueux monastère, construit en 1847, vivaient alors 349 personnes. Outre les 91 religieuses et 25 novices, l’établissement abritait 91 pénitentes. Pour en savoir plus sur qui éduquait les jeunes filles à Montréal au XIXe siècle et pourquoi, consultez montreal1.one.
L’éducation religieuse pour les filles « difficiles »

Ainsi, la communauté accueillait des femmes « repenties » qui cherchaient refuge ou celles qui y étaient envoyées par décision de justice. À partir de 1847, les religieuses s’occupaient également d’enfants de moins de 12 ans qui n’avaient commis aucun délit, mais qui étaient abandonnés, orphelins ou victimes de maltraitance. À ce groupe s’ajoutaient les délinquantes juvéniles qui, devant être incarcérées, étaient envoyées au Bon-Pasteur pour leur éviter le contact « corrupteur » avec des criminelles adultes.
En ce qui concerne l’éducation proposée par les religieuses à Montréal, le programme scolaire visait à préparer les jeunes filles à une vie honnête et chrétienne. La priorité était donc accordée aux matières favorisant leur formation morale. L’instruction religieuse occupait par conséquent une place centrale. L’apprentissage de la tenue d’un foyer et les bases de la lecture, de l’écriture et de l’arithmétique complétaient un programme conçu pour que ces jeunes filles puissent un jour gagner leur vie.
Pendant les cours, les élèves étaient regroupées en sections selon leur âge et leurs aptitudes. Dans la section des enfants, équivalente à un jardin d’enfants, les sœurs s’occupaient des plus jeunes, âgées de six ans et plus. Dans les classes préparatoires supérieures, les filles avaient quatre heures de leçons entrecoupées de pauses. Les élèves plus jeunes et plus âgées partageaient leur journée entre les cours, les travaux manuels et les récréations.
Théoriquement, dans l’école de réforme, les filles étaient séparées les unes des autres dans des locaux individuels. Les plus jeunes étaient isolées des plus âgées. À l’école des arts et métiers, l’emploi du temps était plus ou moins identique à celui de l’école industrielle, mais moins d’heures étaient consacrées aux études.
Les matinées étaient partagées entre les travaux manuels et une demi-heure de catéchisme. Après le déjeuner et une heure de pause, les filles travaillaient pendant deux heures et demie, suivies de deux heures d’enseignement primaire entre 16h et 18h. Le dimanche et les jours fériés, elles pouvaient emprunter des livres à la bibliothèque et assister à des cours de savoir-vivre.
Les particularités de l’éducation par les religieuses

Les religieuses ont connu un succès considérable dans leur mission éducative. Considérées comme des expertes dans ce domaine, elles bénéficiaient du soutien matériel et moral de personnalités importantes de la société montréalaise, de fonctionnaires influents et, malgré quelques conflits, de l’évêque de Montréal. La vie en vase clos qu’elles menaient et imposaient à leurs protégées leur permettait d’assumer plus facilement l’entière responsabilité de ces populations.
Ce retrait du monde leur permettait aussi d’échapper dans une certaine mesure au contrôle des administrateurs, des inspecteurs et de leurs supérieurs hiérarchiques qui, il est vrai, ne se souciaient guère du sort de ces jeunes filles. Cependant, la surpopulation fréquente, le manque de ressources financières, l’aide limitée du gouvernement provincial et de la municipalité de Montréal, ainsi que le problème constant du manque d’espace, entravaient la mise en œuvre de leur programme initial et les empêchaient d’agir comme elles l’auraient souhaité.
Désireuses d’intégrer les jeunes filles dans le monde extérieur en leur apprenant un métier et en leur inculquant certaines connaissances, les religieuses présentaient pourtant comme seul modèle valable pour ces jeunes filles et femmes l’image de la religieuse pénitente, de la Madeleine qui quitte le monde pour sauver son âme.
En d’autres termes, les jeunes filles étaient d’abord enfermées contre leur gré. Après une période de révolte de durée variable, un profond changement intérieur menait à leur conversion. Elles se repentaient de leur passé et, souvent, mouraient peu après, apaisées et assurées d’être « sauvées ».
Cette priorité accordée au salut et à la conversion réduisait les chances de réintégration sociale, puisque le seul modèle implicitement acceptable était celui du retrait du monde. Ainsi, après avoir passé une grande partie de leur vie entre les murs du pensionnat, beaucoup de ces jeunes filles s’y étaient adaptées et se sentaient inaptes à une vie autonome.
Les écoles des commissions scolaires

Mais les religieuses n’étaient pas les seules à instruire les jeunes filles de l’époque. En 1846, 377 enfants étaient scolarisés dans les neuf écoles de la commission scolaire. Parmi eux, on comptait 126 garçons et 251 filles. Bien que les filles soient deux fois plus nombreuses, la commission accordait néanmoins plus d’attention aux garçons. De fait, entre 1850 et 1870, les autorités ont principalement investi dans les écoles pour garçons. Il n’est donc pas surprenant que les filles aient très souvent été instruites par des communautés religieuses et des enseignants privés indépendants.
Il y avait cependant des exceptions. En 1881, les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame ont reçu une subvention des autorités pour enseigner à 3 260 jeunes filles dans sept écoles de Montréal. Les élèves y apprenaient un peu de lecture, un peu d’histoire et, surtout, la couture, le tricot, la broderie et l’entretien des vêtements.
À cette époque, l’Église voyait d’un mauvais œil les tentatives d’émancipation des femmes, surtout en dehors des sphères familiale et religieuse. En mai 1881, Monseigneur Charles-Édouard Fabre, l’archevêque catholique de Montréal, a demandé aux autorités d’interdire les remises de prix publiques dans les écoles de filles.
En réponse, le surintendant local a communiqué sa décision concernant ces écoles, stipulant que les exercices publics, qu’ils soient dramatiques ou musicaux, devaient y être interdits. La distribution des prix devait se faire de la même manière que dans les couvents. Seuls les responsables de l’école, le curé de la paroisse et ses vicaires étaient autorisés à assister à ces cérémonies. Les parents d’élèves n’étaient pas invités, et le programme devait se limiter à l’annonce des prix et à quelques chants ou morceaux de musique pour l’ouverture et la clôture.
La lutte pour leurs droits

Il y eut cependant des exceptions à ces règles strictes. En 1875, la commission scolaire protestante a ouvert une école secondaire pour filles à Montréal, leur donnant ainsi accès à l’enseignement supérieur. Mais rien de tel n’existait pour les écolières catholiques ou francophones. Il leur a fallu attendre le début du XXe siècle pour pouvoir fréquenter des établissements de ce type.
Sans accès à l’enseignement supérieur, les possibilités d’emploi pour les femmes étaient sévèrement limitées. Les quelques jeunes filles instruites ne pouvaient accéder à des emplois de haut niveau, et leur choix se limitait souvent à des postes de secrétaires ou d’assistantes.
Ne pouvant poursuivre leurs études, de nombreuses jeunes femmes commençaient à travailler comme ouvrières, bien que cela soit souvent mal perçu par la société et que les conditions de travail soient difficiles. Le salaire que les femmes recevaient était inférieur à celui des hommes pour un travail équivalent. De plus, c’était le mari qui avait le droit de gérer le salaire de son épouse. En outre, même si le couple travaillait, les femmes devaient en plus entretenir la maison et éduquer les enfants.
Progressivement, certaines femmes à Montréal se sont regroupées en diverses associations pour revendiquer leurs droits, parmi lesquels figurait le droit à l’enseignement supérieur.
