En 1675, les Sulpiciens, une société de vie apostolique fondée en 1641 par le prêtre français Jean-Jacques Olier, décidèrent d’établir une mission à l’extérieur de Montréal, au pied du mont Royal. L’objectif était de permettre aux Autochtones désirant vivre près des Français de le faire en toute sécurité. Le terrain où se dresse aujourd’hui le Grand Séminaire faisait partie du territoire que la société avait réservé pour cette mission. Un an plus tard, un fort ceint d’une palissade en bois fut construit près du village amérindien. C’est ainsi qu’en 1681, M. François Vachon de Belmont, issu d’une grande famille française du Dauphiné, fut nommé supérieur de cette mission qui comptait alors 210 Iroquois, Hurons, Algonquins et Loups.
Ces Autochtones étaient baptisés et, craignant les attaques de leurs ennemis, cherchaient la protection des Français. De son côté, respectant la volonté du roi, M. de Belmont ne se contentait pas de les protéger ; il cherchait également à leur transmettre la culture française. On leur enseignait donc divers métiers comme tailleur, cordonnier, maçon et agriculteur. Pour en savoir plus sur le Grand Séminaire de Montréal, consultez le site montreal1.one.
Les origines du Grand Séminaire

En 1685, une muraille de pierre et quatre tours vinrent remplacer la palissade. Le fort mesurait désormais 30 mètres de large sur 60 de long, avec une enceinte en pierre de 5 mètres de haut. Ces fortifications n’étaient pas superflues, car la mission fut attaquée à plusieurs reprises. Au centre du fort se trouvait une belle maison en briques. Au-delà des murs s’étendaient des vergers et des champs de céréales. La ferme comprenait également un pigeonnier, un vivier, ainsi qu’un élevage de canards, d’oies et d’outardes. Une magnifique fontaine ornait la cour. Ce sont les Autochtones qui cultivaient ces terres.
Cependant, la proximité de la ville devint une source de désordre et d’ivresse, si bien qu’il fut décidé de déplacer la mission à Sault-au-Récollet. Les bâtiments abandonnés ne survécurent pas ; ils furent détruits par un incendie en 1694. À cette époque, 222 personnes vivaient sur le site, réparties dans 43 petites maisons et 13 maisons longues. Après l’incendie, les Amérindiens qui y résidaient commencèrent à quitter les lieux, et en 1705, il n’y en avait plus. Seules deux tours en pierre, situées le long de l’actuelle rue Sherbrooke, subsistèrent. Ce sont aujourd’hui les uniques vestiges des constructions du XVIIe siècle. La tour est abritait les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame, qui enseignaient aux jeunes filles autochtones. Les cours se tenaient dans la tour ouest.
Après le départ des Amérindiens, les Sulpiciens utilisèrent le fort comme maison de campagne estivale. On y accédait par un chemin qui est devenu l’actuelle rue du Fort. Les vergers et une petite prairie furent conservés, et une partie des terres était louée à des agriculteurs. En 1801, un canal de 158,5 mètres de long et 7,6 mètres de large fut creusé. Alimenté par des sources naturelles et bordé de magnifiques plantations, ce plan d’eau orne encore aujourd’hui l’un des plus anciens jardins d’Amérique du Nord. Le fort demeura une résidence de campagne jusqu’au milieu du XIXe siècle, moment où le Grand Séminaire y fut fondé.
La création du Grand Séminaire

Quelques années avant la fondation du Grand Séminaire de Montréal, Jean-Jacques Lartigue, futur évêque du nouveau diocèse de Montréal, avait créé une école de théologie dans son palais épiscopal pour former les futurs prêtres. Cependant, après quelques années, il décida de déléguer la responsabilité de cette formation aux prêtres de Saint-Sulpice.
Après de brèves négociations, le 1er novembre 1840, Monseigneur Ignace Bourget, successeur de Lartigue, appuya cette initiative. La formation des prêtres fut alors confiée de manière définitive au Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal. Un concordat fut officiellement signé par Mgr Bourget et le supérieur de Saint-Sulpice de Montréal le 7 novembre de la même année. En acceptant la responsabilité de la formation des futurs prêtres, les Sulpiciens s’engageaient à fournir le personnel nécessaire, qui ne serait responsable que devant l’évêque.
Pour accueillir une institution aussi importante que le Grand Séminaire de Montréal, les Sulpiciens n’eurent d’autre choix que de demander au Collège de Montréal de leur céder une partie de ses locaux pour y loger les séminaristes, ce qui fut accepté. La partie est du troisième étage fut ainsi allouée aux séminaristes. La chapelle et le réfectoire étaient partagés par les deux institutions.
Les règles de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice

Le Grand Séminaire devait être dirigé conformément aux règles de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice. Selon ces règles, toute l’équipe, à commencer par les directeurs, était responsable de l’éducation et de la formation de la vision du monde des séminaristes. Les Sulpiciens se mirent donc à vivre au milieu de ceux qu’ils formaient. Dès 1842, ils commencèrent à chercher un nouvel emplacement pour le Grand Séminaire de Montréal.
Initialement, l’idée était de rassembler en un seul lieu les prêtres dédiés au ministère pastoral et les séminaristes. Pour ce faire, il était prévu de construire un nouveau bâtiment sur la place d’Armes, en remplacement de l’ancienne résidence datant de 1685, située au 116, rue Notre-Dame. Bien que les travaux aient commencé, les Sulpiciens décidèrent finalement de préserver ce bâtiment historique. Un autre site fut donc choisi pour accueillir le Grand Séminaire de Montréal.
Ce nouveau lieu fut, en 1854, le Domaine de la Montagne. Selon les plans de l’architecte John Ostell, un corps central et deux ailes formant un « U » furent construits autour de la maison de M. Vachon de Belmont, qui fut démolie en 1860. Les premiers séminaristes emménagèrent dans le nouveau bâtiment en 1857.

En 1875, en raison de l’augmentation du nombre de séminaristes, le bâtiment principal fut agrandi de 40 mètres vers l’ouest et surmonté d’un toit à la mansarde, ce qui permit d’ajouter 80 chambres. Ces travaux furent dirigés par l’architecte Henri-Maurice Perrault, neveu de John Ostell. En 1901, le bâtiment principal fut de nouveau agrandi, toujours vers l’ouest, avec l’ajout de 64 chambres et d’un grand auditorium.
À cette époque, le Grand Séminaire accueillait environ 300 étudiants, dont la moitié étaient francophones, provenant de 43 diocèses canadiens et américains. Enfin, à l’occasion de son centenaire en 1940, l’Association des anciens fit un don pour la construction de ce qu’on appela l’« aile du Centenaire », conçue par l’architecte Paul M. Lemieux. Elle abritait une salle de loisirs et une salle de conférence.
Le Séminaire aujourd’hui

De nos jours, le Grand Séminaire de Montréal poursuit sa mission. En 2019, il a été décidé que l’Archidiocèse de Montréal prendrait en charge la gestion de l’institution. En août 2020, celle-ci a déménagé dans l’ancien couvent des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, à l’angle des rues Boyer et Bélanger. L’année 2020 a été une année charnière pour le séminaire et ses étudiants. La direction cherchait depuis longtemps un nouveau lieu plus adapté. En effet, le bâtiment de 1857 avait été conçu pour accueillir 300 séminaristes, alors qu’ils n’étaient plus que 17 à l’époque.
La recherche d’un nouveau bâtiment se concentrait donc sur Montréal, avec des critères précis : entre vingt-cinq et trente chambres, une chapelle, dix bureaux administratifs, une salle de conférence, une salle de loisirs, un réfectoire et une cuisine. Le comité de relocalisation souhaitait également que les locaux proposés disposent d’espaces verts et soient situés à proximité des transports en commun.
Les directeurs du Grand Séminaire ont envoyé des lettres à la quasi-totalité des communautés religieuses de Montréal, les informant qu’ils recherchaient activement des locaux plus petits où les dix-sept séminaristes actuels pourraient résider pendant toute la durée de leur formation.
