Peut-être que la principale caractéristique de l’activité pédagogique à Montréal, à partir du milieu du XIXe siècle, était la féminisation croissante de cette profession. En 1825 et 1835, différentes écoles de la ville employaient respectivement 81 puis 155 enseignants. Les femmes, tant laïques que religieuses, étaient plus nombreuses que les hommes, et si elles représentaient 47 % dans les années 1820, ce chiffre est passé à 98 % en seulement dix ans. C’est à cette époque qu’a commencé la féminisation de la profession enseignante au Québec en général, et à Montréal en particulier. Au début des années 1830, les enseignantes étaient majoritaires dans tout le Bas-Canada. Pour en savoir plus sur la vie et le travail des enseignants montréalais ordinaires, consultez montreal1.one.
Enseignants et enseignantes

Une autre particularité du milieu pédagogique montréalais à cette époque était que la grande majorité des enseignantes étaient des laïques. Par exemple, au cours du premier quart du XIXe siècle, 13 religieuses enseignaient aux enfants, ce qui représentait 28 % des femmes qui enseignaient dans les petites écoles. En outre, les religieuses travaillaient dans un internat pour les enfants des peuples autochtones, dans l’orphelinat Grey Nuns’ Hôpital, ainsi que dans les écoles canadienne et nationale, toutes deux subventionnées par des associations éducatives.
On sait également que deux autres religieuses travaillaient dans des écoles financées par les Sulpiciens. On sait également qu’à cette époque, beaucoup de gens étaient indépendants, et que 61 des 67 enseignants anglophones occupaient des postes d’enseignants.
Pour expliquer la présence d’un si grand nombre d’enseignants anglophones dans les écoles de Montréal, il faut rappeler que c’était une période d’immigration britannique importante, et qu’il s’agissait donc probablement de ces immigrants récents qui cherchaient un revenu supplémentaire ou temporaire. L’enseignement leur permettait donc de s’installer à Montréal ou de partir vers la Haut-Canada, par exemple dans la province de l’Ontario, ou vers les États-Unis.
En général, ces enseignants déclaraient un programme d’études très limité, par exemple la lecture et la couture, s’il s’agissait d’une enseignante. Il est donc clair que la profession de nombreuses enseignantes, tout comme celle des enseignants, était improvisée. Et l’absence de structures scolaires claires et véritablement organisées ne faisait que faciliter l’exercice de cette activité. En revanche, cela expliquait très souvent le caractère instable et temporaire des écoles montréalaises, que l’on pouvait observer dans la ville.
Néanmoins, quelques enseignants anglophones de la ville ont réussi à faire carrière dans leur profession. Par exemple, les sœurs Nichols ont fondé une académie qui a formé des enfants pendant plusieurs décennies. L’académie de Mlle Florence, qui a existé pendant environ 15 ans, est également bien connue. Enfin, on peut mentionner l’académie de la célèbre Ann Cuthbert Ray. L’expérience de ces femmes qui dirigeaient leurs propres académies reflétait celle des femmes propriétaires d’écoles dans la Haut-Canada, pour lesquelles la possession et la gestion d’une école étaient une opportunité d’indépendance financière et d’épanouissement personnel.
Professeurs francophones

Qu’en est-il des enseignants laïcs francophones ? Au début du XIXe siècle, il n’y en avait que 8 à Montréal, mais dix ans plus tard, ils étaient déjà 12. Ces chiffres modestes représentaient respectivement 9,8 % et 7,6 % de l’ensemble du corps enseignant de la ville. À première vue, cela peut sembler très peu, surtout par rapport à leurs collègues anglophones, qui représentaient 85 % à la même époque.
Cependant, il faut comprendre qu’au cours des deux siècles précédents, c’est-à-dire aux XVIIe et XVIIIe siècles, les seules enseignantes francophones au Québec étaient des religieuses. En général, les enseignants étaient des religieux qui vivaient au Petit Séminaire de Montréal. C’est en effet là que l’on formait les futurs prêtres du diocèse. Quant aux écoles paroissiales elles employaient quelques laïcs. En revanche, les enseignants laïcs anglophones enseignaient dans les églises, les sociétés éducatives, la Royal Grammar School et les écoles privées.
À l’époque, l’enseignement était pratiquement la seule profession qui offrait aux femmes ayant un niveau d’éducation même minime la possibilité de subvenir à leurs besoins ou même à ceux de leur famille. Cela était particulièrement vrai pendant les périodes de chômage permanent à Montréal dans la première moitié du XIXe siècle. Mais il y avait une autre raison évidente à la popularité de la profession d’enseignant. Outre la nécessité de gagner sa vie, il existait probablement une demande pour ces services, principalement de la part des familles de la classe moyenne.
Il convient de noter que dans les écoles dirigées par des religieuses, les enseignants laïcs, quel que soit leur sexe, ne travaillaient pas.
Mais il y avait quelque chose qui unissait les enseignants, hommes et femmes, francophones et anglophones. Ce quelque chose, c’était le désir de faire carrière dans ce domaine. Bien que les enseignants laïcs francophones aient toujours été minoritaires par rapport aux religieuses, ils suivaient clairement l’exemple de leurs collègues anglophones.
Programme d’études

Il convient également de noter que les enseignants laïcs, tant francophones qu’anglophones, n’avaient généralement pas suivi de formation pédagogique formelle. Cela ne concernait pas seulement Montréal, mais aussi l’ensemble du Canada-Bas, car il n’y avait pas d’école normale dans la colonie. On peut dire ici que les enseignants anglophones étaient dans une position légèrement plus avantageuse, car ils avaient probablement reçu une formation assez poussée dans leur pays d’origine. Il s’agissait de pays européens tels que l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande.
Quant aux enseignantes francophones qui vivaient ici depuis longtemps, elles étaient pour la plupart d’anciennes élèves de l’internat dirigé par les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame. Ces personnes trouvaient dans l’enseignement non seulement un travail intéressant, que les religieuses leur avaient appris, mais aussi la possibilité de mettre à profit les connaissances acquises, en suivant l’exemple de leurs collègues anglophones.
Le programme scolaire généralement proposé dans les écoles primaires était relativement simple. Le plus souvent, il consistait en ce que les anglophones appelaient les « 3R ». Il s’agissait de la lecture, de l’écriture et du calcul. L’arithmétique se limitait aux quatre opérations mathématiques de base. Les enseignants, ou plutôt les enseignantes, enseignaient souvent la couture et le tricot, et il était naturel que leurs élèves soient principalement des filles.
Certaines enseignantes ajoutaient la grammaire ou la géographie, parfois les deux. Dans les banlieues, où la population était généralement plus modeste, composée principalement de journaliers et d’immigrants récents, et où les enseignants improvisés étaient plus nombreux, l’arithmétique cédait la place à la couture, au tricot et à la dentellerie.
Mais il existait d’autres pratiques. Par exemple, dans la banlieue de Sainte-Anne, où vivaient principalement des immigrants irlandais, deux enseignantes qui y exerçaient n’enseignaient que la lecture. Cependant, vers le milieu du XIXe siècle, le programme a été considérablement élargi. Plusieurs écoles, classées comme écoles de troisième niveau, ont ajouté la grammaire à leurs programmes.
L’importance du métier d’enseignant pour les communautés

Finalement, les enseignants laïcs de Montréal, tant anglophones que francophones, ont profité au premier tiers du XIXe siècle d’une occasion unique : une ville en plein essor qui ne disposait pas encore de structures éducatives bien définies. Cela leur a permis d’exercer avec succès une profession qui, à l’époque, restait principalement indépendante.
Ainsi, les immigrants anglophones ont pu transférer leurs compétences pédagogiques au Canada-Bas, où ils sont devenus des enseignants indépendants. À leur suite, les laïques francophones ont, pour la première fois depuis l’époque de la Nouvelle-France, enseigné aux enfants ce qu’ils avaient appris chez les religieuses. Cependant, pour les deux groupes, le terme « professionnalisation » n’était pas encore d’actualité. Néanmoins, leurs efforts ont permis à un nombre important de jeunes enfants de Montréal d’aller à l’école.
Sources :
