Le manteau-couverture est à l’origine un vêtement de fabrication britannique porté lors de la traite des fourrures aux XVIIe et XVIIIe siècles. Son utilisation répandue parmi les peuples indigènes impliqués dans ce commerce a conduit à considérer ce style comme un vêtement indigène. Dans ce contexte, le manteau de couverture est devenu une sorte de livrée impériale, un vêtement qui a perpétué des discours glorifiant la construction de la nation d’une manière très banale et insidieuse. Pour en savoir plus à ce sujet et sur le travail de tailleur de John Joseph, consultez le site montreal1.one.
Ce n’est pas le seul exemple de vêtements inspirés par les projets de domination impériale. Plus tard, le tailleur montréalais à la mode J.J. Milloy a créé une robe très similaire. Se pourrait-il que le modèle de robe soit une variation excentrique sur le thème du manteau-couverture ? Difficile à dire, car ces vêtements ne sont pas assez semblables pour en être sûrs, et pas assez différents pour en rejeter l’idée. Mais tout de même, si cette robe faisait intentionnellement référence à ce style de manteau, qu’est-ce que cela signifierait ?
Manteau de couverture

Au milieu du XIXe siècle, après que les peuples indigènes eurent été repoussés aux confins de leurs anciens territoires, ont adopté les raquettes et les traîneaux – deux des inventions autochtones pour se déplacer en Amérique du Nord – et les ont transformés en sports d’hiver, en leur insufflant les valeurs britanniques, l’esprit sportif, les clubs et les compétitions. Ils ont également adopté les vêtements associés à la population autochtone pour pratiquer ces sports.
La luge et la raquette deviennent un spectacle colonial qui naturalise la domination des colons sur la population indigène. Le caractère très pittoresque du carnaval d’hiver de Montréal trouve son origine dans ce spectacle, dans lequel le colon démontre sa capacité à conquérir un territoire hivernal hostile et à y prendre plaisir.
Mais revenons aux vêtements. Le manteau de couverture n’est pas le seul vêtement à avoir un certain style et à être le résultat d’un acte de mémoire qui réveille les mythes fondamentaux du passé glorieux. On peut rappeler l’adaptation du costume de marin, qui a les mêmes déclencheurs. Il s’inspire également d’une profession difficile qui a soutenu l’empire, bien que sur un territoire différent. Ses éléments caractéristiques ont également été constamment réinterprétés dans la mode féminine et enfantine de l’époque. Dans ce modèle datant du milieu des années 1880, ils ont été réinterprétés de manière à ressembler à une robe Milloy.
Ainsi, la robe Milloy fabriquée sur mesure peut avoir un aspect frappant et intégrer les dernières tendances de la mode, mais dans un contexte spécifique, ses références visuelles peuvent facilement être perçues par les gens comme une autre manifestation de la performance coloniale. Quoi qu’il en soit, tout cela n’a pas empêché J.J. de devenir un tailleur montréalais à la mode, populaire et financièrement prospère.
Enfance difficile, émigration au Canada

John Joseph Milloy est né dans une grande famille catholique en Irlande. Il est le troisième garçon d’une famille de cinq enfants. La raison de l’émigration de la famille au Canada est la famine, ou, comme la presse l’a surnommée à l’époque, la Grande Famine. La famille a quitté le pays vers la fin de la vague d’émigration irlandaise provoquée par la Grande Famine. L’arrivée à Montréal n’a pas été particulièrement agréable non plus.
En juin 1853, alors que John n’avait que quatre ans et que la famille arrivait à Montréal, les émeutes du Havazzi avaient lieu. Ironiquement, ce sont les Irlandais qui en sont à l’origine. Des émeutes éclatent alors au cours desquelles des troupes armées ouvrent le feu sur une foule de catholiques irlandais qui n’avaient fait que manifester leur opposition à un discours anti-catholique.
Quelques années après leur arrivée à Montréal, le père de John, qui travaillait comme ouvrier au Canada, meurt. Dès lors, les enfants de la famille Milloy doivent faire leur propre vie. C’est ainsi que l’aîné des frères s’est retrouvé dans l’aménagement paysager, que le fils du milieu s’est mis au marbre en devenant maçon et que les trois plus jeunes se sont lancés dans la maçonnerie. D’ailleurs, seul J.J. a réussi à s’imposer dans ce domaine, alors que ses deux autres frères ont changé de métier par la suite.
Mais tout a changé dans la vie de J.J. Milloy. Il a d’abord travaillé comme tailleur commercial. Le destin l’a amené à travailler dans ce secteur vers 1870. L’essentiel de l’activité est simple : il propose à ses clients des vêtements pour hommes prêts à l’emploi et des vêtements sur mesure dans son magasin, St Joseph’s Clothing Hall. Neuf ans plus tard, en 1879, John Milloy annonce dans les journaux qu’il possède le plus grand atelier de couture de la ville et qu’il emploie les meilleurs coupeurs.
Une carrière florissante

Une autre caractéristique de la boutique du tailleur Milloy est qu’elle promet de confectionner des vêtements pour hommes en peu de temps. Cette offre est très appréciée par ceux qui viennent à Montréal pour affaires. C’est ainsi que John Milloy a réussi à trouver son créneau, qui lui a rapporté des bénéfices.
Par la suite, J.J. a rapidement développé son activité. Il a commencé à servir non seulement les hommes, mais aussi les femmes. En effet, dans les années 1880, la mode des robes et des costumes sur mesure a pris de l’ampleur. Par exemple, les costumes d’équitation en laine pour femmes ont longtemps été confectionnés par des tailleurs masculins. En revanche, les robes en soie et en coton étaient généralement confectionnées par des couturières.
Dans le dernier quart du XIXe siècle, les femmes sont devenues plus actives en dehors de la maison, jouant au tennis, au golf et même au vélo, et il n’était donc pas rare que les tailleurs sur mesure soient considérés comme le summum du style et de la praticité.
Dans une publicité de 1890 pour son atelier de tailleur, parue dans un guide touristique d’hôtel, Milloy énumère la gamme de vêtements féminins qu’il peut fabriquer, et la liste est assez impressionnante : tailleurs, vêtements d’équitation, châles, manteaux de New Market et d’Ulsterette, manteaux de ville, etc.
En 1893, J.J. Milloy jouit d’une réputation enviable et devient populaire auprès des femmes de la haute société canadienne, y compris les épouses de ses compatriotes britanniques, entre autres. Il existe des lettres de Lady Stanley, épouse de l’ancien gouverneur général, à Lady Aberdeen, épouse du prochain gouverneur général du Canada.
La femme avertit son successeur qu’il n’y a pas de couturière digne de ce nom à Ottawa. Elle lui recommande cependant un excellent tailleur de Montréal qui s’appelle Milloy. Lady Stanley a ajouté qu’il pratiquait des prix élevés et qu’il avait une personnalité difficile, mais qu’il faisait très bien son travail.
Les dernières années de sa vie

Mais tout n’a pas toujours été rose.10 Au cours de sa carrière, Milloy a subi plusieurs revers notables qui ont mis en lumière un aspect, certes peu connu, mais tout à fait important du commerce du vêtement à Montréal. En effet, pour avoir des clients aux États-Unis, les tailleurs canadiens doivent engager des agents aux États-Unis.
Ceux-ci devaient rencontrer les clients, prendre les mesures et passer les commandes de vêtements pour hommes et femmes. Ainsi, à la fin de l’année 1885, les fonctionnaires des douanes américaines et le département du Trésor américain étaient au courant depuis plus de dix ans. Et ce n’est pas une bonne idée de se frotter au fisc.
En ce qui concerne sa vie privée, J.J. épouse en 1878 Josephine Shay, originaire de Brooklyn et fille d’immigrés irlandais, bien que née en Amérique et diplômée d’un couvent près de Montréal. Le couple a des enfants. John Joseph Milloy et sa femme sont décédés en 1837.
Sources :
