La fondation des écoles monastiques: comment les associations chrétiennes ont éduqué les Montréalais

Dès la fondation de Montréal, l’éducation relevait de la responsabilité des institutions religieuses. Naturellement, ces établissements remplissaient souvent plus d’une fonction, mais certains étaient spécifiquement dédiés à l’instruction. Pensons par exemple à l’Institut des Sourdes-Muettes sur la rue Saint-Denis ou au Monastère du Bon-Pasteur sur la rue Sherbrooke. Pour la plupart, ces anciennes institutions, aujourd’hui plus que centenaires, n’exercent plus de fonctions éducatives. Cependant, certaines écoles et collèges fondés par des communautés religieuses, comme l’école Villa-Maria ou le cégep de Saint-Laurent, continuent de servir les idéaux de l’éducation. Pour en savoir plus sur la manière dont les institutions religieuses ont développé l’éducation à Montréal, consultez le site montreal1.one.

L’Église à la tête du processus éducatif

Au début de la colonisation des terres d’outre-mer, le gouvernement colonial français a choisi de déléguer l’éducation formelle des enfants des colons à l’Église catholique. Celle-ci a mis en place un programme scolaire incluant la religion, les mathématiques, les sciences naturelles et la langue française. Dans un tel contexte, il était évidemment impossible de séparer l’enseignement de la religion.

L’éducation en Nouvelle-France était donc initialement et étroitement liée aux doctrines religieuses et aux objectifs du pouvoir colonial. Au XVIIe siècle, les organisations et ordres religieux ont créé des écoles avec plusieurs objectifs. D’une part, ils instruisaient les enfants des différentes couches de la société, qu’il s’agisse des colons venus de France, de leurs enfants nés sur le continent, ou des Autochtones, tout en veillant à les initier à la foi chrétienne.

Cette approche s’inscrivait dans la volonté des autorités coloniales françaises de transformer les peuples des Premières Nations en loyaux sujets français, un processus connu sous le nom de francisation. Cependant, ces premières tentatives de scolarisation par l’Église et ses ministres se sont heurtées à des difficultés majeures, principalement liées aux différences culturelles et au mode de vie nomade et autosuffisant des communautés autochtones, n’obtenant finalement qu’un succès limité.

En 1635, les Jésuites, un autre ordre religieux, ont fondé la première école primaire à Québec, marquant un tournant dans l’histoire de l’éducation au Canada. Cet établissement, surnommé la « Petite École », est devenu le premier exemple d’enseignement primaire formel au Canada, s’adressant principalement aux enfants des colons.

Cela a joué un rôle important pour attirer davantage de familles françaises au Canada, désireuses d’offrir à leurs enfants une éducation similaire à celle qu’ils auraient reçue dans leur pays d’origine. Une vingtaine d’enfants européens et autochtones ont assisté aux premiers cours de l’école.

À la même époque, des prêtres capucins ont ouvert un séminaire pour garçons en Acadie.

La Conquête britannique de la Nouvelle-France

La Conquête britannique de la Nouvelle-France, amorcée en 1759 avec la prise de la ville de Québec puis de Montréal en 1760, a été confirmée le 10 février 1763 par la ratification du traité de Paris. Par cet accord, la France cédait à la Grande-Bretagne l’Acadie, le Canada, le Cap-Breton, toutes les terres sur la rive gauche du Mississippi, ainsi que toutes ses possessions en Amérique du Nord.

Quelques mois après la signature de ce traité, le roi de Grande-Bretagne, George III, a émis la Proclamation royale du 7 octobre 1763, qui définissait la future organisation politique et administrative de l’ancienne colonie française. Par cette mesure, la Couronne britannique montrait sa volonté de démanteler les institutions politiques et administratives françaises pour imposer son propre modèle. Ce changement a également touché le domaine de l’éducation.

Selon cette proclamation, toutes les écoles construites à l’avenir devaient dispenser un enseignement protestant en langue anglaise. Il s’agissait d’une tentative évidente d’assimiler les colons francophones par le biais des institutions scolaires. Cependant, cette politique de conquête a principalement affecté les écoles situées à proximité immédiate de Québec.

Quant à celles de Montréal, de Trois-Rivières et des campagnes, elles ont continué leurs activités normalement, même durant les pires moments du conflit entre la France et la Grande-Bretagne.

La guerre a marqué le début d’une des périodes les plus tragiques de l’histoire du Québec. Le nombre de membres du clergé dans la colonie a considérablement diminué en raison des restrictions imposées par le conquérant, qui les privaient de la possibilité de recruter de nouveaux membres. Les communautés religieuses ont été contraintes de fermer une partie de leurs établissements d’enseignement.

Par exemple, le Collège des Jésuites et l’École de mathématiques et d’hydrographie ont dû suspendre leurs activités de 1759 à 1871. L’armée britannique a occupé et transformé cette prestigieuse institution en caserne militaire. La Compagnie de Jésus a été spoliée de ses biens (la Couronne britannique ayant saisi ou détruit ses propriétés dans la colonie) et, malgré une tentative de reprendre ses activités en 1761, elle a dû renoncer à ses engagements et à sa mission éducative pour plusieurs décennies.

L’influence de la Conquête sur l’éducation locale

Après la fin de la guerre, certaines écoles sous l’égide de l’Église et des ordres chrétiens ont repris leurs activités. Les premiers à revenir furent les Frères des écoles chrétiennes, qui avaient été présents un siècle auparavant. Appelés par les Messieurs de Saint-Sulpice pour ouvrir de petites écoles, ils commencèrent à enseigner en 1837 sous le patronage du séminaire.

Aujourd’hui, ils font partie de la Commission des écoles catholiques de Montréal. En 1888, ils ont fondé leur Mont-Saint-Louis, où un cours de sciences préparait les élèves aux écoles spécialisées de l’université. Pendant longtemps, ce fut le seul établissement de ce type. Son programme incluait ce qu’on appelle communément l’enseignement primaire supérieur.

Cependant, l’ajout de la philosophie et du latin au programme scolaire quelques années plus tard a fait du Mont-Saint-Louis un établissement d’enseignement secondaire moderne, comparable à ceux qui existent aujourd’hui en France et que l’Université de Paris sanctionne par un baccalauréat moderne, permettant l’accès aux facultés de droit et de médecine.

Le retour des ordres chrétiens à Montréal

Les Jésuites sont revenus en 1842. Leurs activités se partageaient entre les œuvres sociales et pieuses, les missions paroissiales et l’éducation classique avec deux collèges français, Sainte-Marie et Jean-de-Brébeuf, ainsi qu’un collège anglais, Loyola. En 1889, le gouvernement Mercier leur a accordé 400 000 dollars en compensation partielle pour la perte de leurs biens confisqués par l’État en 1760. Le riche héritage de leur institution, accumulé au fil des siècles dans tous les domaines de l’intellect humain, fait des Jésuites des pédagogues expérimentés et fiables.

Quelques années plus tard, la Congrégation des Oblats de Marie-Immaculée, qui s’était installée à Montréal en 1848, est revenue. Contrairement aux Jésuites, pour qui la ville est restée le centre de nombreuses initiatives, les Oblats ont étendu leur champ d’action missionnaire et éducatif à tout l’Ouest canadien, d’Ottawa à Vancouver.

Par la suite, Montréal a accueilli les Dominicains, les Rédemptoristes, les Franciscains, les Capucins, la Société de Marie, les Pères du Saint-Sacrement et les Pères Blancs d’Afrique. Parmi ces ordres, le Séminaire des Missions Étrangères était la seule fondation canadienne. Tous se consacraient principalement à l’évangélisation et à l’enseignement. L’éducation primaire étant confiée aux religieux, plusieurs communautés de frères ont été appelées à participer à cette œuvre commune.

Tour à tour, les Frères du Sacré-Cœur, les Frères Maristes, les Frères de l’Instruction Chrétienne et les Frères de Saint-Gabriel sont arrivés à Montréal. Les Frères de la Charité et les Frères de Saint-Jean-de-Dieu sont également venus, mais ils se consacraient aux services de santé, c’est-à-dire à l’hospitalisation.

More from author

Les enseignants de Montréal — ceux qui enseignaient à lire, à écrire et à compter

Peut-être que la principale caractéristique de l'activité pédagogique à Montréal, à partir du milieu du XIXe siècle, était la féminisation croissante de cette profession....

Marguerite Bourgeois, une femme au cœur d’or, et sa première école

La première école à Montréal a été ouverte en 1658 par Marguerite Bourgeoys. Elle a décidé que les enfants des premiers habitants de la...

L’Université internationale de Montréal — dans une volonté de coopérer avec le monde entier

Les universités montréalaises collaborent avec des établissements d'enseignement étrangers principalement par le biais de partenariats stratégiques, de programmes de mobilité étudiante, de projets de...
....... .