Selon un extrait du plus ancien journal des réunions de la Société allemande de Montréal, le 20 février 1835, des résidents de la ville nommés Meyer, Seybold, Albich, Bauer, Goetz, Idler, Gundlach et Schmidt se réunissent au domicile de ce dernier. L’objectif de cette réunion était de créer une association de personnes d’origine allemande afin d’aider leurs compatriotes immigrés dans le besoin.
Tous les Allemands, toutes les personnes d’origine allemande et tous ceux qui leur étaient liés par le mariage étaient invités à y participer. D’ailleurs, l’annonce de l’assemblée générale constituante n’a paru dans la Gazette de Montréal que les 28 et 31 mars 1835. Pour plus d’informations sur l’établissement d’une des sociétés allemandes à Montréal, voir montreal1.one.
La Société allemande de Montréal

Sur les 81 membres dont les noms sont inscrits au tableau de la Société germanique de Montréal, la moitié sont nés au Canada, les autres dans d’autres États faisant partie de la Confédération allemande, ainsi qu’en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en France et en Suisse. Parmi les États allemands, le Wurtemberg est le plus représenté, et dans une moindre mesure, le Hanovre et Hambourg.
Le procès-verbal montre qu’il y a eu des discussions lors de la réunion sur le nom de la nouvelle association, certains se plaignant que l’utilisation du mot « allemand » pourrait exclure les citoyens d’origine néerlandaise avec lesquels ils avaient des liens étroits. La possibilité d’inclure une référence à un saint allemand, tel que St Rupert, a également été discutée, mais cette idée a été abandonnée.
En ce qui concerne l’appartenance religieuse, les protestants et les catholiques prédominent, ainsi que quelques juifs. En termes d’occupation, de nombreux taverniers, commerçants et bouchers sont mentionnés, mais en réalité l’éventail des professions est beaucoup plus large : fourreur, prêteur, relieur, tailleur, musicien, avocat, etc. <Bien que les membres de la communauté soient majoritairement des hommes et qu’ils jouissent d’un statut social élevé, il y a un serviteur parmi eux.
Les procès-verbaux sont principalement rédigés en anglais, la langue la plus courante de la classe dirigeante à l’époque, mais ils montrent également que certaines discussions ont eu lieu en anglais, en allemand et en français. Les premières années, la Société comptait entre 70 et 80 membres, et les années suivantes, ce nombre a considérablement diminué pour atteindre 31 en 1839-1840. Mais entre septembre 1838 et mars 1839, il n’y a pas eu une seule réunion.
Du traitement à l’éducation

Les premières informations détaillées sur les efforts de secours de la Société allemande de Montréal n’apparaissent pas avant les années 1850. On apprend alors qu’un certain Friedrich Schroeder, sa femme et ses trois enfants ont reçu une certaine somme d’argent pour se rendre dans le Haut-Canada. On apprend également que Heinrich Warneker et sa fille ont également reçu de l’argent de la société. Michael Becker s’est vu accorder un prêt en livres sterling pour lui permettre de se rendre à Burlington.
Une histoire intéressante est arrivée à Christian Walburg, qui a obtenu un prêt de 10 dollars de la communauté pour se rendre à Cincinnati, dans l’Ohio. L’homme dit qu’il va rendre visite à l’évêque de Burlington et donne la seule adresse qu’il possède.
Comme Walburg n’a jamais rendu l’argent, la Société allemande de Montréal demande à l’évêque de retrouver l’homme et de l’encourager à rembourser ses dettes.
Fait intéressant, l’évêque Purcell répond à la Société, affirmant dans une lettre que les pertes pour la Société ne sont pas si importantes et que le contrevenant aurait remboursé le prêt s’il avait été en mesure de le faire.
Mais la Société allemande de Montréal ne se contente pas de prêter de l’argent et vient parfois en aide à ceux qui sont vraiment en difficulté. Le cas de Jacob Steller, membre de la société, est bien connu. De plus, pendant des années, il a servi l’association en la soutenant financièrement, car il avait une entreprise prospère. Mais après le grand incendie de 1852, Jacob Steller a tout perdu et a eu besoin de l’aide de ses compatriotes.
La Société allemande de Montréal aide aussi ceux qui veulent étudier mais qui n’ont pas les moyens de réaliser leurs rêves. On peut citer le cas d’une jeune Allemande dont la formation professionnelle et les frais de subsistance ont été couverts par la Société à l’École industrielle de Montréal.
Ainsi, comme le montrent les procès-verbaux, la Société allemande de Montréal a aidé ses compatriotes non seulement en paroles, mais aussi en actes ou, plus précisément, en finances. Ces actions sont souvent rapportées dans la presse locale. Par exemple, le journal local Montreal Gazette publie un article sur Christopher Nerlich. L’homme a purgé sa peine dans une prison de Montréal. Par la suite, il a été libéré gravement malade, mais n’a reçu aucun soin médical. La Société a pris soin de son compatriote.
Utilisation de la langue allemande

On sait que le 18 mars 1865, une demande officielle d’enregistrement de la Société allemande a été déposée. L’acte officiel d’incorporation figure dans les Statuts de 1893. C’est au cours de ces années que la Société allemande de Montréal connaît une augmentation importante du nombre de ses membres. Sa popularité grandit, tout comme dans les années de sa fondation.
Cela est peut-être dû au fait que le président de la société de l’époque, Gerhard Lohmer, s’est efforcé de faire en sorte que les débats au sein de l’organisation se déroulent exclusivement en allemand à partir de 1853. Il y est parvenu et, en outre, tous les procès-verbaux ont été rédigés exclusivement en allemand.
Beaucoup plus tard, lors de la célébration du cinquantième anniversaire de la Société allemande de Montréal, à laquelle le consul Münderloch était invité et présent, il prédit la création d’une bibliothèque allemande à Montréal. Ce n’étaient pas des paroles en l’air, et bientôt un certain nombre de personnes intéressées travaillèrent à ce projet avec tout le sérieux nécessaire.
Les négociations avec le président de l’Institut Fraser de l’époque et futur Premier ministre du Canada, John C. Abbott, ont renforcé le sérieux des intentions. À l’époque, Abbott s’était déclaré prêt à accepter la Bibliothèque allemande et à la diriger. La Bibliothèque allemande a donc été fondée en 1870, après le décès du négociant en vin Hugh Fraser. Dans son testament, l’homme souhaitait créer une institution qui serait à la fois une bibliothèque, un musée et une galerie d’art en libre accès.
Aujourd’hui, cette bibliothèque privée est l’une des plus anciennes de Montréal, puisqu’elle a ouvert ses portes en 1885 dans le Burnside Hall. Le bâtiment est situé à l’angle des rues University et René-Lévesque. La bibliothèque acquiert rapidement la réputation d’être l’une des institutions de ce type les mieux équipées de la ville, surtout si l’on considère sa collection de livres anciens.
En 1959, suite à une donation des professeurs McGill et Hickson, la bibliothèque déménage sur l’avenue Kensington à Notre Dame de Grasse et prend le nom de Bibliothèque McGill.
L’adaptation est un succès

En 2007, le bâtiment a été vendu et les fonds ont été transférés à Montréal-Ouest et donnés à l’Institut canadien de Montréal. À la même époque, une association bibliothécaire a été créée pour superviser la bibliothèque, l’un de ses membres devant obtenir un siège avec droit de vote au conseil d’administration de l’Institut Fraser. De plus, le consul allemand Munderloch a accepté de verser une contribution initiale de 500 dollars.
En résumé, on peut dire que les membres de la Société allemande ont apporté une contribution significative au développement de Montréal et au soutien de la communauté allemande de la ville. Au cours de son histoire, qui s’étend sur près de 200 ans, elle a toujours aidé les immigrants allemands, pris soin de sa culture et n’a jamais oublié ses origines.
Sources :
