Les salons de coiffure du Vieux-Montréal

Montréal est une ville unique, où l’art de la coiffure évolue selon ses propres règles, tout à fait particulières. Sa principale particularité réside dans la coexistence de deux styles parallèles : francophone et anglophone. Ce n’est pas simplement une question de langue : chacun d’entre eux s’accompagne d’approches différentes en matière de coupes, d’esthétique et même de culture du service.

En d’autres termes, deux « écoles » distinctes de l’art de la coiffure se sont développées dans la ville, évoluant longtemps en parallèle tout en se recoupant constamment et en s’influençant mutuellement. C’est précisément cette dualité qui détermine dans une large mesure l’aspect actuel des salons de coiffure de Montréal et explique pourquoi le style de travail des maîtres peut différer de manière si notable. Par ailleurs, les immigrants ont joué un rôle important dans la formation de cette culture — en particulier les coiffeurs originaires d’Italie, de Grèce et des pays des Caraïbes.

Dans cet article publié sur montreal1.one, nous examinerons en détail comment ces différences se sont formées, qui les a influencées et pourquoi il est important de les comprendre.

L’histoire de la coiffure au Canada et à Montréal

Le métier de coiffeur au Canada a commencé à se développer dès l’époque coloniale, vers le XVIIIᵉ siècle. À cette époque, le coiffeur était un artisan polyvalent, capable de couper les cheveux, de raser et parfois même de prodiguer des soins médicaux de base. Ces personnes travaillaient dans des conditions modestes, souvent près des tavernes ou dans d’autres petits locaux.

Mais dès le XIXᵉ siècle, les choses commencent peu à peu à changer. Les villes s’agrandissent, et les salons de coiffure deviennent une activité à part entière. À Montréal, les salons de coiffure ne se limitent plus à la simple coupe de cheveux : ce sont des lieux où les gens « traînent », discutent de l’actualité, de politique et de leurs affaires. En fait, il s’agit d’un espace social à part entière.

Au début du XXᵉ siècle, une certaine organisation s’installe : formation, normes de base, réglementation. Mais pour Montréal, l’essentiel réside ailleurs : c’est précisément à cette époque que commence à se former sa culture coiffeuse spécifique.

Et c’est là qu’intervient un point essentiel : l’immigration. Des artisans venus d’Italie, de Grèce et des Caraïbes affluaient en masse dans la ville. Chacun apportait son propre style et sa propre conception de ce qui « devait être ». Il n’en est pas résulté une école unique : au contraire, tout s’est mélangé.

Vers le milieu du XXᵉ siècle, à Montréal, coexistaient déjà différentes approches : certaines plus classiques, d’inspiration européenne, d’autres plus pratiques, plus proches de la culture des barbiers. Et c’est précisément de ce mélange qu’est née la diversité que l’on connaît aujourd’hui.

Il convient également de mentionner l’histoire des outils utilisés par les premiers coiffeurs. Aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, il s’agissait d’un ensemble assez simple : des ciseaux, des peignes et des rasoirs dangereux. Souvent, ceux-ci étaient fabriqués par des forgerons ou des artisans locaux, bien que les rasoirs de meilleure qualité fussent souvent importés d’Europe — principalement de France ou d’Angleterre.

Dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle, les produits manufacturés ont commencé à faire leur apparition, et dès le début du XXᵉ siècle, les premières tondeuses mécaniques ont vu le jour. Malgré cela, les outils classiques — en particulier le rasoir, particulièrement dangereux — sont restés longtemps au cœur du métier et sont encore utilisés aujourd’hui dans de nombreux salons de coiffure pour hommes, dans le respect de la tradition.

L’influence des immigrants : la clé du style des barbiers de Montréal

En bref, sans les immigrants, Montréal ne serait pas la ville que tout le monde connaît aujourd’hui — et cela concerne directement le secteur de la coiffure.

Au fil du temps, des coiffeurs venus d’Europe et des Caraïbes se sont installés à Montréal, et chacun d’entre eux a apporté avec lui non seulement des techniques nationales, mais aussi toute une culture du travail avec le client. C’est précisément pour cette raison qu’aucune « école unique » ne s’est imposée dans la ville, celle-ci s’étant constituée dès le départ d’une diversité d’approches.

Les Italiens, par exemple, ont fortement influencé les coupes classiques pour hommes. On peut citer ici la précision, le travail aux ciseaux, le souci de la forme et du détail. Il s’agissait souvent de salons de coiffure familiaux, où les clients se rendaient depuis des années, parfois même depuis des générations.

Les coiffeurs grecs jouaient également un rôle de premier plan. Ils ouvraient de petits salons de coiffure dans les quartiers et misaient sur la stabilité. Les Grecs proposaient un service simple et de qualité, sans fioritures. Ces établissements sont rapidement devenus des lieux familiers pour les habitants du quartier.

L’influence caribéenne constitue un cas à part. C’est elle qui a introduit dans la ville des techniques plus modernes de coiffure, en particulier pour les cheveux bouclés et crépus. Les dégradés, les transitions nettes, le souci du tracé : tout cela s’est en grande partie développé dans ce milieu.

En conséquence, aucun style unique n’a pu s’imposer à Montréal. Au contraire, différents styles ont coexisté, se sont mélangés et se sont influencés mutuellement. C’est précisément ce qui explique pourquoi, aujourd’hui, on peut trouver dans un quartier un salon de coiffure pour hommes on ne peut plus classique, tandis que dans un autre, on trouve des artisans qui travaillent selon une esthétique tout à fait différente.

L’époque des classiques intemporels

La période allant des années 1970 à la fin des années 1990 à Montréal peut être décrite comme une période de stabilité pour le secteur de la coiffure. Ce n’était plus la phase initiale de formation, mais pas encore le « chaos des tendances » d’aujourd’hui : plutôt un système bien établi, où tout fonctionnait selon ses propres règles.

L’Expo 67 a constitué une exception notable à la règle. Dans l’ensemble, cette période a marqué une étape particulière pour toute la ville. Cette exposition internationale a attiré près de 50 millions de visiteurs pendant son déroulement, ce qui en a fait l’un des événements les plus importants de ce type.

Pour Montréal, cela s’est traduit par un afflux massif de personnes venues de différents pays et une pression notable sur les infrastructures municipales et le secteur des services. Dans ce contexte, les salons de coiffure pour hommes ont dû faire face à une demande accrue, accueillant aussi bien les habitants locaux que les nombreux visiteurs de la ville. Il est impossible de dire exactement combien de visiteurs ont eu recours aux services de coiffure pendant l’exposition : on ne peut que supposer qu’une partie de ce flux de plusieurs millions de personnes s’est, d’une manière ou d’une autre, adressée aux coiffeurs locaux.

Dans l’ensemble, à cette époque, les barbiers de Montréal deviennent des établissements très « de quartier ». Les gens ont généralement recours au même coiffeur pendant des années, voire des décennies. La confiance joue un rôle essentiel : si le coiffeur connaît son client, ses cheveux et ses goûts, cela suffit pour qu’on ne cherche pas à changer.

Le concept même était assez simple : pas de concepts compliqués ni de stratégie marketing. L’essentiel, c’était la qualité de la coupe, la constance et une bonne communication. De nombreux salons de coiffure pour hommes fonctionnaient comme des entreprises familiales et se transmettaient de père en fils ou au sein de petites communautés.

Il convient de noter que c’est précisément à cette période que s’ancrent divers styles locaux, apparus auparavant grâce aux immigrants. Ils ne semblent plus être une nouveauté, mais s’intègrent désormais dans le paysage urbain familier. En particulier, les coupes classiques pour hommes dans la tradition italienne, les coupes courtes plus pratiques aux contours nets, ainsi que les techniques de coiffure pour cheveux bouclés, caractéristiques des coiffeurs caribéens, gagnent en popularité.

C’est précisément à cette époque que des styles tels que le « fade », diverses variantes de coupes courtes aux transitions fluides, ainsi que les coiffures pour cheveux longs, comme les dreadlocks ou les textures naturelles, s’imposent durablement en ville.

Les barbiers modernes et leurs tendances

Ce n’est qu’à la fin des années 1990 que la situation commence à évoluer. Peu à peu, une nouvelle génération de coiffeurs fait son apparition, accompagnée de nouvelles tendances et de l’influence de la culture mondiale du barbier. Mais c’est précisément les fondements établis durant cette période de stabilité qui continueront longtemps à déterminer l’approche de nombreux coiffeurs de la ville.

Ce qui s’est autrefois constitué comme un ensemble de pratiques et de traditions locales distinctes s’est progressivement transformé en un système plus ouvert et dynamique. Après les années 2000, de nouvelles tendances ont fait leur apparition, ainsi que l’influence de la culture mondiale du barbier et le développement des réseaux sociaux, qui ont considérablement accéléré l’échange de styles et de techniques.

Sources :

More from author

Pénurie, cartes de rationnement et marché noir : le commerce à Montréal pendant la guerre

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'économie de Montréal a été entièrement réorientée vers l'effort de guerre. L'industrie travaillait presque exclusivement pour le front, les...

Ballons, dirigeables et avions : l’histoire de l’aviation à Montréal

Si l'on parle non seulement d'aviation au sens strict, mais plus largement de l'aéronautique en tant que premières tentatives de l'homme pour conquérir le...

Les grèves à Montréal après la Première Guerre mondiale : l’histoire des manifestations ouvrières

Même si, comme on le sait, le Canada n'a pas été directement le théâtre des combats pendant la Première Guerre mondiale, les conséquences de...
...