Montréal est une ville où le hockey est depuis longtemps bien plus qu’un simple sport. Ici, le nom des Canadiens de Montréal résonne presque comme un symbole de l’identité même de la ville, et les patinoires de hockey rassemblent des milliers de personnes pour qui la glace est sacrée. Dans ce contexte, le football a toujours semblé étranger — plus discret, moins visible, comme s’il avait toujours existé quelque part en marge de la vie urbaine. Et pourtant, il était là et il y est encore aujourd’hui. Mais ce sport n’est pas apparu de lui-même par lui-même.
Ce sont ceux qui sont venus ici d’outre-mer qui ont introduit le football à Montréal. Il s’agit des Britanniques, des Italiens et d’autres Européens, pour qui ce sport faisait déjà partie intégrante de leur culture. Ce sont ces personnes qui ont créé les premières équipes, joué sur des terrains improvisés et ont, en fait, posé les fondations de ce qui est aujourd’hui le CF Montréal. Pour en savoir plus sur l’histoire de ce sport qui n’a jamais été majoritaire, mais qui est toujours resté en retrait, tout en ayant ses adeptes et ses fans, rendez-vous sur montreal1.one.
Les clubs ouvriers et la diaspora ukrainienne

Au début du XXᵉ siècle, alors qu’en Europe existaient déjà et se développaient des clubs riches d’une longue histoire sportive – du FC Barcelone et du Real Madrid au Milan AC et au Dynamo de Kiev –, le football à Montréal restait en marge de la vie urbaine.
Il existait en marge — dans les cours, sur des terrains de fortune, au sein des communautés d’immigrés qui avaient apporté ce jeu avec eux par-delà l’océan. En effet, dans la métropole, le football n’était ni un spectacle de masse, ni partie intégrante de la culture urbaine — mais plutôt une pratique locale réservée aux « siens ».
Les Britanniques ont été les premiers à définir la structure du jeu, les Italiens y ont apporté l’émotion, et les nombreuses diasporas, parmi lesquelles, d’ailleurs, figure également la diaspora ukrainienne, lui ont donné tout son sens. En d’autres termes, le football à Montréal n’est pas né de lui-même : il a été importé ici.
Cependant, des dizaines de clubs amateurs ont vu le jour dans la ville, souvent rattachés non pas à des quartiers, mais à des entreprises ou à des communautés. L’un des plus connus et des mieux documentés fut le Montreal Stelco. Ce club a été fondé dans les années 1930 par les employés d’une aciérie.
Par ailleurs, l’équipe a participé à des tournois nationaux et a même remporté le championnat du Canada en 1947. Ce fut l’une des rares occasions où un club amateur montréalais s’est illustré au niveau national.
Mais, ce n’est pas tout. La communauté ukrainienne a joué un rôle considérable dans le développement de ce sport. Après la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle vague d’émigration a déferlé sur le Canada. Dès 1949, l’équipe des Montreal Ukrainians a vu le jour ; composée de membres de la diaspora ukrainienne, elle évoluait dans les ligues locales.
D’ailleurs, l’équipe est rapidement devenue compétitive au niveau régional. Mieux encore, elle a même remporté un titre national : la victoire au Canadian Challenge Trophy en 1957.
Cela a été possible parce que ces équipes ne comptaient pas que des joueurs choisis au hasard. Une partie des footballeurs avait déjà joué en Europe ou suivi un entraînement sérieux avant même d’émigrer. Par exemple, Orest Steciw, un joueur d’origine ukrainienne qui a joué en France, s’est intégré au football local après son arrivée au Canada et a même représenté l’équipe nationale canadienne.
La création de l’Impact de Montréal

Mais, dès la seconde moitié du XXᵉ siècle, le football à Montréal commence progressivement à dépasser le cadre des ligues amateurs. La ville disposait déjà à cette époque de communautés bien établies, de tournois réguliers et d’une infrastructure relativement stable, mais le football restait encore fragmenté — sans centre unique ni équipe capable de rassembler tout le monde autour d’elle.
La situation n’a commencé à changer qu’à la fin du siècle, lorsque l’idée est apparue de créer un club professionnel, capable de représenter Montréal au niveau national. C’est ainsi qu’en 1992 fut fondé le CF Montréal, ou, plus exactement à l’époque, le Montreal Impact.
Contrairement aux équipes précédentes, il ne s’agissait plus d’un projet ethnique ou local, mais d’une tentative de créer une véritable marque de football professionnelle, dotée d’une structure claire, d’une direction et d’ambitions bien définies.
Et, ô miracle, ce nouveau club s’est rapidement imposé comme un acteur incontournable du paysage footballistique canadien. Il a évolué dans différentes ligues nord-américaines, puis, avec le développement de la Major League Soccer, a eu l’occasion d’accéder au plus haut niveau du football de clubs dans la région. En 2012, Montréal a rejoint la MLS, s’imposant définitivement dans le paysage du football professionnel nord-américain.
Saputo Stadium comme un fief du football

Quel que soit le niveau de la ligue ou la composition de l’équipe, on ne peut imaginer le football sans un espace qui lui est propre : un stade où il dispute ses matchs à domicile. Pour Montréal, ce lieu est le stade Saputo, l’arène du CF Montréal. Personne ne sera surpris d’apprendre que ce stade n’est pas une arène gigantesque pouvant accueillir plusieurs milliers de spectateurs, mais simplement un stade de football compact, construit spécialement pour les besoins du jeu et non adapté à d’autres disciplines sportives.
Cependant, lorsque les matchs revêtent une importance particulière ou qu’un intérêt accru est attendu, le club peut choisir de disputer ses rencontres au stade olympique. Cette arène est devenue le symbole d’une autre époque pour la ville. Elle est nettement plus grande, mais l’ambiance y est moins « familiale ». Le contraste entre ces deux stades illustre bien la place du football à Montréal : entre l’intimité et la volonté de se hisser sur une scène plus grande.
Mais, le stade, ce n’est pas tout. L’autre moitié, ce sont les supporters. La culture des supporters de football à Montréal s’est développée progressivement et, dans une large mesure, grâce à ces mêmes communautés d’immigrants qui, historiquement, ont soutenu ce sport et leurs équipes. Ce sont eux qui ont été les premiers à créer le noyau de supporters, à importer les traditions du fanatisme européen et à façonner l’ambiance des matchs bien avant l’entrée du club dans la MLS.
En ce sens, le football à Montréal a progressivement acquis ce qui lui manquait cruellement auparavant. Il s’agit de cette synergie entre le stade et les supporters, qui transforme les matchs de l’équipe en une véritable pratique urbaine vivante qui, même si elle ne domine pas la ville, en fait bel et bien partie intégrante.
Le contraste avec les Canadiens de Montréal et les perspectives du football local

Malgré une longue histoire, le football professionnel à Montréal n’a toujours pas atteint le niveau de domination qui caractérise son homologue du hockey. Le CF Montréal a remporté quelques trophées, notamment en s’imposant à plusieurs reprises au Championnat canadien et en atteignant la finale de la Ligue des champions de la CONCACAF en 2015.
Ce fut l’un des résultats les plus retentissants de son histoire. Cependant, ces succès sont davantage ponctuels que systématiques et ne constituent pas une hégémonie sportive durable.
La situation s’est encore compliquée avec le changement d’image du club en 2021, lorsque l’Impact de Montréal est officiellement devenu le CF Montréal. Ce changement de nom et d’identité visuelle visait à unifier la marque et à souligner le caractère moderne de l’équipe. Cependant, une grande partie des supporters a perçu cela comme une rupture avec leur propre histoire. Le club, que beaucoup associaient à une certaine époque, s’est en fait vu attribuer une nouvelle identité, ce qui a suscité une vague de critiques et de mécontentement au sein de la communauté des supporters.
Et, nous revenons une fois de plus au sport n° 1 à Montréal : le hockey. Le contraste entre le club de football local et celui de hockey est particulièrement frappant. Les Canadiens de Montréal ont à leur actif une riche histoire de victoires, de nombreuses Coupes Stanley et le statut de l’une des marques de hockey les plus prospères d’Amérique du Nord. Dans ce contexte, le football tente simplement de s’imposer dans ce rôle, en élargissant progressivement son public et sa notoriété.
En fin de compte, même si le football à Montréal n’est plus un phénomène marginal, il n’est pas encore devenu une force dominante. Il coexiste avec la tradition du hockey, complétant le paysage sportif de la ville — en tant qu’alternative qui se fait progressivement une place dans la culture urbaine.
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