Les femmes, les affaires et la nécessité : la naissance des premières femmes entrepreneurs de Montréal

L’histoire de l’entrepreneuriat féminin à Montréal est longtemps restée en marge des grands récits économiques. Au fil des siècles, les femmes se sont rarement lancées dans les affaires de leur plein gré : il s’agissait le plus souvent d’une réaction forcée à des circonstances de la vie : le décès d’un mari, la perte d’un revenu ou la nécessité de subvenir aux besoins de la famille. Dans les sociétés traditionnelles d’Europe et d’Amérique du Nord, les femmes n’avaient pratiquement pas accès à l’éducation, aux finances ou au droit de propriété, de sorte que les affaires n’étaient pas une ambition, mais un moyen de survie. Montréal aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles ne faisait pas exception.

L’une des premières femmes à incarner ce tournant dans l’histoire de Montréal fut Sarah Reitman, cofondatrice de la future chaîne de magasins Reitmans. Son parcours dans le monde des affaires n’était pas le fruit de privilèges ou d’un capital prêt à l’emploi, mais plutôt une réponse aux besoins réels de l’époque. Ce qui a poussé Sarah Reitman à se lancer dans l’entrepreneuriat, comment son entreprise s’est développée et pourquoi son histoire reste aujourd’hui encore exemplaire, sera abordé sur montreal1.one

Le parcours d’une émigrante : les débuts

Sara Reitman est née à la fin du XIXᵉ siècle en Europe de l’Est, dans une famille juive pour laquelle l’éducation, le travail et le soutien mutuel étaient essentiels à la survie. Comme des milliers d’autres familles juives de l’époque, la sienne a émigré au Canada pour échapper à la pauvreté, à la discrimination et aux restrictions. Mais même après s’être installée à Montréal, la vie n’est pas devenue facile et sans nuages. Sarah a grandi dans un environnement où chaque membre de la famille devait travailler, quel que soit son sexe.

Elle n’a pas fait d’études supérieures, mais depuis son enfance, elle se distinguait par quelque chose qui s’avère souvent plus important qu’un diplôme officiel. Il s’agit de son esprit pratique, de son sens de l’observation et de son intuition entrepreneuriale. Vivant dans une métropole, Sara a épousé Gersh Reitman. Son mari était également un immigrant qui travaillait dans le commerce. Leur mariage était non seulement une union familiale, mais aussi un partenariat dans la lutte quotidienne pour leur propre bien-être et leur stabilité.

Il convient ici de noter qu’au début du XXᵉ siècle, la vie dans les quartiers ouvriers de Montréal était assez difficile. La révolution industrielle qui a balayé le Canada à cette époque n’a pas seulement apporté le progrès et la prospérité. Au début, ces personnes avaient de faibles revenus, des emplois précaires, mais des familles nombreuses. En observant tout cela, Sarah Reitman a pris conscience d’une chose simple, mais très importante, voire symbolique : les femmes ont besoin de vêtements abordables, pratiques et décents. C’est ainsi qu’est née l’idée de créer sa propre boutique.

Le premier magasin était petit, presque familial, il s’appelait Dry Goods et était situé sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal. Sarah s’occupait des achats, communiquait avec les clientes et déterminait l’assortiment. Il était important de comprendre qu’il ne fallait pas s’orienter vers la mode des élites, mais vers les besoins réels des femmes ordinaires. Et Sara Reitman a réussi cette tâche.

Elle ne se contentait pas de vendre des vêtements, elle comprenait très bien son public, car elle en faisait elle-même partie. Sa famille, qui la soutenait sans réserve, a joué un rôle important dans cette affaire. Au début, son mari, Gersh Reitman, l’aidait dans l’organisation, puis, lorsque les enfants ont grandi, ils se sont également impliqués dans l’entreprise.

Cette fois-ci, le succès de l’entreprise n’a pas été immédiat, mais progressif et irréversible. Surtout compte tenu de l’attitude de Sarah Reitman à l’égard de l’entreprise. La boutique a non seulement survécu à la concurrence, aux crises économiques et aux changements du marché — en grande partie grâce à l’approche pragmatique de la femme d’affaires — mais elle a également connu le succès.

Croissance et héritage

Au fil du temps, la petite entreprise familiale s’est transformée en Reitmans, l’un des détaillants de vêtements les plus connus au Canada. Même après le départ de Sarah, lorsque ses descendants ont repris l’affaire, l’entreprise est restée familiale pendant plusieurs générations. Elle a conservé les principes fondamentaux établis par sa fondatrice, à savoir l’accessibilité, la praticité et l’orientation vers la vie réelle des femmes.

Aujourd’hui, l’entreprise reste l’une des chaînes de magasins de vêtements les plus connues au Canada. Elle continue de se développer depuis près d’un siècle, puisqu’elle a été fondée en 1926. Au cours de ces presque cent ans, la marque s’est développée rapidement et continue de le faire, ayant évolué à plusieurs reprises pour passer d’une petite boutique familiale à un acteur majeur du marché de la mode au Canada.

Aujourd’hui, Reitmans compte près de 400 magasins répartis dans tout le Canada, qui opèrent sous trois marques principales. Il s’agit de Reitmans, Penningtons et RW&Co. Il convient de noter que ces chiffres se sont maintenus et se maintiennent entre 390 et 400 points de vente, même pendant la période de transformation économique et commerciale.

Tout cela s’explique par une raison assez simple, que l’on pourrait appeler la répartition par catégories de niche. Reitmans est la ligne principale de vêtements féminins abordables pour la mode quotidienne. Penningtons est une marque axée sur la mode grande taille, avec une large gamme de tailles allant du 14 au 32. RW&Co. est une marque plus polyvalente qui propose des vêtements pour femmes et pour hommes, y compris des collections professionnelles et décontractées.

Comme on peut le comprendre, ces marques réunissent et reflètent différents segments du marché de consommation, en mettant l’accent sur des vêtements de qualité et abordables pour différents groupes d’âge et styles de vie.

Selon les dernières données d’entreprise, Reitmans emploie actuellement plus de 5 000 personnes dans tout le Canada. Ce chiffre comprend les employés de vente au détail, les spécialistes de la logistique, ainsi que les designers et l’équipe de direction. Ce chiffre fait automatiquement de l’entreprise un employeur important dans le secteur de la mode au détail au Canada.

Transformation numérique et modernisation

Aujourd’hui, outre ses magasins physiques, l’entreprise développe activement ses canaux de vente en ligne. Ainsi, chacune des marques dispose de sa propre boutique en ligne, où les clients peuvent acheter des vêtements dans tout le Canada avec livraison à domicile. Suite aux défis rencontrés par le marché ces dernières années, cela est devenu un élément particulièrement important de la stratégie de l’entreprise.

De plus, Reitmans investit actuellement dans de nouvelles solutions numériques, l’amélioration de l’infrastructure et l’automatisation des processus commerciaux, ce qui lui permet de rester compétitif et de s’adapter aux habitudes changeantes des consommateurs. Une telle position sur le marché ne peut que contribuer à son succès. Malgré les défis importants auxquels est confronté le secteur de la vente au détail, tels que la réduction de la superficie des magasins ou les restrictions liées à la pandémie, l’entreprise continue de conserver une position solide sur le marché canadien de l’habillement et prévoit de poursuivre son développement.

À savoir : les marques Reitmans, Penningtons et RW&Co. continuent d’attirer des clients de différents âges et styles de vie. N’est-ce pas là la preuve de la grande stabilité de la popularité et de la notoriété des marques auprès des consommateurs ?

Plus qu’une simple affaire

En résumé, on peut dire qu’aujourd’hui, Reitmans, c’est des centaines de magasins dans tout le Canada, des milliers d’employés et une marque reconnaissable et appréciée. Bien que l’entreprise ait traversé des périodes difficiles, notamment la transformation du marché et l’évolution des habitudes de consommation, elle continue d’exister, s’étant adaptée avec succès aux nouvelles conditions actuelles.

L’histoire de Sarah Reitman n’est donc pas seulement celle d’une entreprise prospère. C’est l’exemple d’une femme qui, sans pouvoir officiel, sans capital de départ ni autres privilèges, a réussi à créer une entreprise qui lui a survécu. Elle n’a pas bouleversé le système par des gestes spectaculaires, elle a simplement agi là où elle voyait un besoin. C’est pourquoi on peut la considérer comme l’une des premières femmes d’affaires de Montréal au sens moderne du terme.

Sources :

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